Manifeste pour les chercheurs de cartouches
Publié par Cortex dans Vie du site, tags: collection, passion, vintagePourquoi Diable s’intéresser aux jeux vidéo cartouches ? La(es) réponses(s) peu(ven)t paraître évident(s) pour le passionné, mais que répondre à sa copine totalement étrangère au domaine ? Comment lui expliquer sa passion alors que les jeux vidéo sont associés pour elle aux poupées Barbie et autres gamineries ? Je vous propose quelques pistes de réflexion, des bases pour une discussion adulte sur ce sujet.
D’abord il faut dire pourquoi nous parlons de collection. Pour beaucoup, les jeux vidéo sont un tout impalpable mais terriblement actuel. Collectionner des jeux vidéo leur semble aussi dénué de sens que collectionner des iPods ou des machines Nespresso. Y’en a partout, ils sont tous pareils (à part les couleurs et la marque en somme). Le phénomène Wii - qui s’adresse pour moi principalement à des adultes n’ayant jamais vraiment joué avant - les conforte dans cette opinion. Mais combien savent au final que les jeux vidéo existent depuis plus de 30 ans ? Un premier axe de réflexion ou de mise en perspective apparaît : on ne collectionne pas des jeux achetés chez Auchan il y a 5 minutes, mais des jeux créés à la fin des années 70 et ensuite, qui possèdent d’ailleurs souvent une fibre nostalgique. On ne parle pas de la sculpturale Lara Croft de Tomb Raider, on parle du premier Donkey Kong, de Pong et de Sonic, lorsqu’on allait à l’école ou au collège.
La nostalgie justement, parlons-en. “En fait tu collectionnes les jouets que tu n’as pas pu avoir gamin !” une sorte de régression ou de rattrapage malsain, une projection de nos désirs infantiles inassouvis dans la sphère adulte… actuelle. Si j’en crois mon expérience, je dirai que cette motivation est souvent le point de départ d’une collection, ou plutôt d’un épisode d’achat de vieux jeux, ou d’essayage de vieux jeux (vintage games, retro-gaming, etc). Par exemple, en se baladant dans une brocante, on tombe sur LE jeu dont nous rêvions en 3ème, que nos parents n’ont jamais voulu nous payer (un jeu violent/subversif, ou trop cher, ou trop rare, etc). Et bim, on l’achète. Pourquoi ??? Par une sorte de réflexe nostalgique, pour satisfaire une curiosité éveillée il y a des années de cela et jamais assouvie.
Cela est-il fondamentalement mauvais ? Sans tomber dans un débat sur la moralité, sur ce qui est BON ou MAUVAIS, débat qui permet à des gens depuis des millénaires de contrôler d’autre gens (les Religions pour ceux qui ne percutent pas), est-ce vraiment sain ? Pour répondre à cette question, posons-nous celle-ci : où est le petit garçon/la petite fille de 10 ans ? Est-il(elle) stocké(e) intact(e) dans un recoin de notre cerveau, tâpi(e) dans l’ombre, prêt(e) à surgir pour prendre le contrôle de notre enveloppe devenue adulte ? Je ne pense pas. Je crois que nous grandissons certes par couches, mais d’une façon cohérente, et que l’écho de nos souvenirs nous parle quelque soit notre âge, et qu’il est ensuite filtré par notre toute-puissante Raison. Mais l’écho est là, le souvenir aussi, et il serait néfaste je pense de les négliger, de tout sacrifier sur l’autel du directement utile/consommable/rentable. En cette seconde, nous sommes le fruit d’une expérience débutée il y a des années, et nous ne sommes des Humains que grâce à notre mémoire du vécu. Nous avons appris. C’est justement pour cela que - généralement - nous savons faire la différence entre dépenser tout son salaire pour acheter des centaines de jeux à 25 ans, et lâcher un billet de 5 euros pour s’offrir un rêve oublié. Et c’est sain !
Si la motivation initiale repose sur une sorte de nostalgie, cette étincelle résume-t-elle l’œuvre du Collectionneur ? Le Collectionneur est-il un fou courant après le passé ? Non, pas du tout. Si extérieurement collectionner peut donner l’impression de stocker tout un bric-à-brac de “vieux trucs”, il serait très léger de résumer cette activité à une simple manie compulsive pour des choses poussièreuses. Je pense que collectionner (des jeux, mais pas seulement) répond au moins à deux besoins :
1/ la soif de découverte (percer des secrets, découvrir des jeux oubliés, etc)
2/ récompenser le temps passé
La Découverte… Que peut-on bien découvrir en achetant de vieux jeux Megadrive ? Que peut-on apprendre de jeux faits pour des gamins en mal de dessins animés ? Je grossis le trait, mais bien des gens n’iront pas plus loin. Que leur répondre ? Un million de choses. Et plus même, un million de choses différentes pour chaque individu. Certains s’intéresseront aux dessins sur les boîtes, aux personnages, aux histoires, aux programmeurs, à l’électronique des cartouches, à la morale, d’autres y puiseront des idées pour de nouveaux jeux, des livres, des photos, d’autres encore y verront un moyen de redécouvrir des modes passées, des vedettes oubliées à la lumière de leurs avatars vidéoludiques. D’autres même feront une chose qui transpire l’interdit : ils JOUERONT. Simplement. Sans tomber dans les montagnes de polygones des 3D les plus HD, certains voudront juste passer du bon temps. Ils ne deviendront pas plus intelligents, ne calculeront pas leur (nouvelle) taille de cerveau, n’apprendront pas une langue utile pour le Grand Capitalisme, ils s’amuseront juste.
Et le temps là-dedans ? Il est très important. C’est en fait la véritable valeur d’une collection. Pour des objets créés il y a 30 ans, la spéculation n’est pas encore trop délirante. Nous n’en sommes pas à acheter un timbre ou un comic à 1000 dollars. Il existe des jeux qui atteignent ces prix, mais ils sont rares. La majorité ont un prix moyen largement inférieur au dernier blockbuster Xbox 360 ou Wii. Ça ne vaut rien donc ? Juste le temps passé ! Certain objet sont rares, très rares. On ne les possède pas par hasard, mais parce qu’on l’a cherché. Une collection devient vite le reflet des goûts du collectionneur. Elle concrétise, matérialise une sorte de quête.
S’adonne-t-il à une passion sans fin ? Pardi, oui ! Aussi inépuisable que lire des livres d’un genre donné, écouter des disques de Jazz ou conserver les pièces de monnaie. On ne collectionne pas pour dire un beau matin “ça y est, c’est fini”, mais pour courir après ce but illusoire. C’est la course qui fait envie, pas le prix. On ne fonctionne pas à vide, on découvre juste le sens de ce qu’on appelle une occupation. On ne fait que des choses (désespérément) utiles, on fait aussi des choses qui nous plaisent, à un moment donné.
Voilà ce que je voulais dire sur cette passion. Je ne suis pas un nostalgique qui rêvait d’être délégué de classe au lycée, je ne suis pas un acheteur compulsif, une énième victime d’eBay, je ne suis pas un drogué (je ne fume pas d’ailleurs), je suis juste un éternel curieux qui trouve dans la collection de jeux dans un format si agréable et mystique que les cartouches un moyen d’assouvir ce besoin de découvrir. Na !













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